{"id":11492,"date":"2026-05-11T20:34:13","date_gmt":"2026-05-11T20:34:13","guid":{"rendered":"https:\/\/diverseproject.uqo.ca\/?p=11492"},"modified":"2026-05-11T20:34:14","modified_gmt":"2026-05-11T20:34:14","slug":"canadas-forests-are-running-out-of-breathing-room","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/diverseproject.uqo.ca\/fr\/2026\/05\/11\/canadas-forests-are-running-out-of-breathing-room\/","title":{"rendered":"Les for\u00eats canadiennes sont \u00e0 cours de r\u00e9pit\u00a0"},"content":{"rendered":"<p class=\"\"><em>Par Morgane\u00a0Dendoncker, Christian Messier, Manuel Esperon-Rodriguez &amp; Olivier Villemaire-C\u00f4t\u00e9<\/em>\u00a0<em>Publi\u00e9 dans *Climate Change Ecology* (2026), avec la collaboration de Madeleine Gauthier pour la communication<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"\">\u00c0 mesure que les temp\u00e9ratures augmentent et que les r\u00e9gimes pr\u00e9cipitations changent, les arbres qui poussent sur nos 2,3 millions de km\u00b2 de for\u00eats canadiennes g\u00e9r\u00e9es sont confront\u00e9s \u00e0 des conditions climatiques qui d\u00e9passent celles auxquelles ils se sont adapt\u00e9s au fil du temps. Notre nouvelle \u00e9tude, publi\u00e9e dans\u00a0<em>Climate Change Ecology<\/em>, propose une analyse de ce stress \u00e0 l'\u00e9chelle du sous-continent , ce qui pourrait appuyer l'industrie foresti\u00e8re dans ses r\u00e9flections \u00e0 propos des vuln\u00e9rabilit\u00e9s des for\u00eats qu'elle g\u00e8re.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\"><strong>Les arbres canadiens sont-ils actuellement en situation de stress ?<\/strong>\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\">La plupart des outils utilis\u00e9s pour \u00e9valuer la mani\u00e8re dont les for\u00eats r\u00e9agiront au changement climatique s'appuient sur des mod\u00e8les de r\u00e9partition des esp\u00e8ces (SDM), qui sont des approches statistiques permettant de pr\u00e9dire o\u00f9 une esp\u00e8ce pourrait vivre en se basant sur son aire de r\u00e9partition actuelle. Ces mod\u00e8les sont utiles, mais ils pr\u00e9sentent une lacune : ils ne permettent pas de d\u00e9terminer si une esp\u00e8ce vivant aujourd'hui dans un endroit donn\u00e9 se trouve d\u00e9j\u00e0 \u00e0 sa limite physiologique climatique.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\">Nous avons adopt\u00e9 une approche diff\u00e9rente. Au lieu de nous demander \u00ab o\u00f9 \u00bb les esp\u00e8ces pourraient vivre, nous nous sommes demand\u00e9 \u00ab combien de changements suppl\u00e9mentaires \u00bb les arbres d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents sur place peuvent supporter avant de rencontrer des difficult\u00e9s. Pour faire cela, nous avons utilis\u00e9 le concept de marges de s\u00e9curit\u00e9 climatique (CSM), qui mesurent l'\u00e9cart entre le climat auquel une esp\u00e8ce est actuellement expos\u00e9e et ses limites de tol\u00e9rance physiologique r\u00e9elles.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\">Voyez cela comme votre zone de confort au travail. Chacun dispose d\u2019une marge dans laquelle il est performant, suffisamment \u00e0 l\u2019aise pour se concentrer et suffisamment r\u00e9silient pour faire face \u00e0 une mauvaise journ\u00e9e. Si l\u2019on pousse quelqu\u2019un de mani\u00e8re chronique au-del\u00e0 de cette limite, son bien-\u00eatre diminue, sa productivit\u00e9 baisse, le stress s\u2019accumule et il en faut de moins en moins pour le faire basculer. C'est la m\u00eame chose pour les arbres !&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\"><strong>Ce que nous avons constat\u00e9 : un passage d'un stress li\u00e9 au froid a un stress li\u00e9 \u00e0 la chaleur<\/strong>\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\">Nous avons analys\u00e9 313 esp\u00e8ces d'arbres nord-am\u00e9ricaines pr\u00e9sentes dans les for\u00eats am\u00e9nag\u00e9es du Canada. Pour cela, nous avons utilis\u00e9 l'ensemble des donn\u00e9es disponibles sur la r\u00e9partition de ces esp\u00e8ces dans cette r\u00e9gion en combinant les donn\u00e9es de l'inventaire forestier national du Canada, des parcelles d'\u00e9chantillonnage provinciales, de l'inventaire forestier des \u00c9tats-Unis et de GBIF.\u00a0Dans nos analyses, nous nous sommes concentr\u00e9s sur cinq variables climatiques : la temp\u00e9rature annuelle moyenne, la temp\u00e9rature minimale du mois le plus froid, la temp\u00e9rature maximale du mois le plus chaud, les pr\u00e9cipitations annuelles et les pr\u00e9cipitations mensuelles moyennes du trimestre le plus sec, afin de rendre compte \u00e0 la fois des conditions thermiques et hydriques qui d\u00e9terminent les endroits o\u00f9 les arbres peuvent survivre et cro\u00eetre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"\">Les r\u00e9sultats montrent clairement un syst\u00e8me en pleine transition.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"\">Pr\u00e9sentement, le froid constitue un facteur climatique d\u00e9terminant pour la plupart des esp\u00e8ces d\u2019arbres canadiennes : plus pr\u00e9cis\u00e9ment, la temp\u00e9rature minimale enregistr\u00e9e au cours du mois le plus froid. Compte tenu de la g\u00e9ographie du Canada, presque toutes les esp\u00e8ces vivent \u00e0 la limite nord de leur aire de r\u00e9partition quelque part dans le pays, en particulier dans le Grand Nord et en haute altitude. Cela n\u2019a rien d\u2019\u00e9tonnant : les hivers rigoureux d\u00e9finissent les limites des aires de r\u00e9partition.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\">D\u2019ici la fin du si\u00e8cle, cette tendance s\u2019inverse. Dans les sc\u00e9narios d\u2019\u00e9missions moyennes et \u00e9lev\u00e9es, le r\u00e9chauffement des hivers att\u00e9nue le stress li\u00e9 au froid, mais la hausse des temp\u00e9ratures estivales devient la nouvelle menace. D'ici 2071-2100, jusqu'\u00e0 97 % des esp\u00e8ces d'arbres canadiennes devraient d\u00e9passer leur seuil de tol\u00e9rance \u00e0 la chaleur estivale (temp\u00e9rature maximale du mois le plus chaud) dans au moins une partie de leur aire de r\u00e9partition. Les for\u00eats ne gagnent pas seulement de l'espace propice \u00e0 leurs limites nordiques froides ; elles en perdent simultan\u00e9ment \u00e0 leurs limites m\u00e9ridionales chaudes (voir la figure ci-dessous).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\">Cette transition \u00ab du froid vers la chaleur \u00bb n\u2019est pas propre au Canada ; des tendances similaires ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9es dans les for\u00eats europ\u00e9ennes et asiatiques. Mais pour les forestiers canadiens, les implications sont bien r\u00e9elles : les esp\u00e8ces plant\u00e9es il y a 30 ans pour un climat bor\u00e9al froid ne seront peut-\u00eatre plus le bon choix pour les 30 prochaines ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"654\" height=\"365\" src=\"https:\/\/diverseproject.uqo.ca\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Madeleines-First-Illustration-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-11496\" style=\"width:721px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/diverseproject.uqo.ca\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Madeleines-First-Illustration-1.png 654w, https:\/\/diverseproject.uqo.ca\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Madeleines-First-Illustration-1-300x167.png 300w, https:\/\/diverseproject.uqo.ca\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Madeleines-First-Illustration-1-18x10.png 18w\" sizes=\"auto, (max-width: 654px) 100vw, 654px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Illustration montrant le d\u00e9placement vers le nord de la zone de confort d'une esp\u00e8ce, qui perd parall\u00e8lement de l'espace climatiquement propice \u00e0 sa limite sud. (R\u00e9alis\u00e9e avec https:\/\/BioRender.com) <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"\"><strong>Le casse-t\u00eate de la migration assist\u00e9e et le goulot d'\u00e9tranglement du froid<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"\">L'une des r\u00e9ponses \u00e0 ce d\u00e9fi est la migration assist\u00e9e, laquelle consiste \u00e0 d\u00e9placer des esp\u00e8ces ou des sources de semences vers des zones o\u00f9 le climat futur leur sera plus favorable. Il s'agit d'une strat\u00e9gie qui gagne du terrain dans les milieux d'am\u00e9nagement forestier, mais nos r\u00e9sultats mettent en \u00e9vidence un obstacle majeur et souvent sous-estim\u00e9.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\">En nous appuyant sur des analogues climatiques (des endroits au Canada ou aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 le climat actuel ressemble \u00e0 celui d\u2019une r\u00e9gion cible \u00e0 l\u2019avenir), nous avons identifi\u00e9 un ensemble d\u2019esp\u00e8ces candidates qui pourraient th\u00e9oriquement pousser dans les conditions climatiques futures. En moyenne, on d\u00e9nombre environ 30 \u00e0 35 esp\u00e8ces candidates de ce type pour un site donn\u00e9 (voir le tableau 2 de l'article).\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\">Mais voici le hic : pour s\u2019implanter, ces esp\u00e8ces candidates doivent d\u2019abord \u00eatre dans leur ''zone de confort'' et survivre au climat actuel, sous forme de semis et de jeunes arbres, avant de pouvoir s\u2019adapter aux conditions futures. Et pour bon nombre d\u2019entre elles, les hivers rigoureux actuels dans leur r\u00e9gion cible constituent un obstacle majeur, ce que nous appelons le goulot d\u2019\u00e9tranglement. Pour l\u2019instant, et au cours des prochaines d\u00e9cennies, les temp\u00e9ratures hivernales froides \u00e9liminent la plupart des esp\u00e8ces candidates. Ce goulot d\u2019\u00e9tranglement est particuli\u00e8rement s\u00e9v\u00e8re dans le nord du Manitoba, en Saskatchewan, en Ontario et dans le sud-ouest du Qu\u00e9bec.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"\">En r\u00e9sum\u00e9 : apr\u00e8s avoir s\u00e9lectionn\u00e9 les esp\u00e8ces qui s'adaptent aussi bien au climat actuel qu'au climat futur, il ne reste plus que 4 \u00e0 13 esp\u00e8ces par site qui constituent des esp\u00e8ces viables pour la diversification foresti\u00e8re, selon le sc\u00e9nario d'\u00e9missions retenu et le degr\u00e9 de prudence avec lequel nous avons d\u00e9fini la tol\u00e9rance climatique d'une esp\u00e8ce.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"\"><strong>Quelles sont les implications pour la gestion foresti\u00e8re ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"\">Nos r\u00e9sultats ne sont pas alarmants, mais ils appellent \u00e0 la rigueur. Voici quelques conseils pratiques :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\">Des marges de s\u00e9curit\u00e9 n\u00e9gatives constituent un signal d'alerte, et non une condamnation \u00e0 mort. Une esp\u00e8ce qui \u00e9volue l\u00e9g\u00e8rement en dehors de sa zone de confort peut tout de m\u00eame se d\u00e9velopper, mais elle risque d'\u00eatre moins vigoureuse et plus vuln\u00e9rable \u00e0 des facteurs de stress secondaires, tels que les ravageurs ou le d\u00e9p\u00e9rissement caus\u00e9 par la s\u00e9cheresse.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\">Toutes les r\u00e9gions ne sont pas expos\u00e9es au m\u00eame risque. Le sud-ouest de l'Ontario, la Nouvelle-\u00c9cosse et le Nouveau-Brunswick apparaissent syst\u00e9matiquement comme les zones o\u00f9 l'on trouve le plus grand nombre d'esp\u00e8ces adapt\u00e9es, qu'elles soient indig\u00e8nes ou candidates \u00e0 la migration. Le centre et l'ouest du Canada, en particulier l'Alberta et la Colombie-Britannique, sont confront\u00e9s \u00e0 des zones climatiques \u00ab sans \u00e9quivalent \u00bb plus \u00e9tendues, o\u00f9 m\u00eame la planification fond\u00e9e sur des analogues climatiques est limit\u00e9e.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\">La migration assist\u00e9e est prometteuse, mais ce n'est pas une solution miracle. En raison du \u00ab goulot d'\u00e9tranglement du froid \u00bb, le moment choisi pour l'introduction est d'une importance capitale. Des esp\u00e8ces qui prosp\u00e9reront en 2070 pourraient ne pas survivre \u00e0 un hiver rigoureux en 2030. Les forestiers devraient envisager la s\u00e9lection de micro-sites, la plantation d'abris et des strat\u00e9gies d'introduction progressive pour combler ce foss\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\"><strong>Pour la suite<\/strong>\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\">Cette \u00e9tude fournit un outil de projection \u00e0 grande \u00e9chelle, servant de premier filtre pour identifier les esp\u00e8ces qui m\u00e9ritent une attention particuli\u00e8re et les r\u00e9gions o\u00f9 la situation est la plus urgente.\u00a0\u00c0 l'\u00e9chelle locale, les \u00e9valuations de vuln\u00e9rabilit\u00e9 devraient \u00eatre raffin\u00e9es en tenant compte de facteurs tels que la topographie, les caract\u00e9ristiques du sol, les diff\u00e9rences g\u00e9n\u00e9tiques, l'origine des semences et les pratiques de gestion foresti\u00e8re. Ces facteurs peuvent contribuer \u00e0 prot\u00e9ger les esp\u00e8ces qui se trouvent \u00e0 la limite de leur aire de confort climatique et influencer des r\u00e9sultats qui ne sont pas pleinement refl\u00e9t\u00e9s dans les analyses \u00e0 l'\u00e9chelle continentale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\">En tant que cadre permettant de d\u00e9terminer les priorit\u00e9s en mati\u00e8re d'intervention et de s\u00e9lectionner les esp\u00e8ces \u00e0 prendre en compte, les marges de s\u00e9curit\u00e9 climatique offrent un atout que la plupart des outils existants ne poss\u00e8dent pas : une mesure du risque physiologique, fond\u00e9e sur la r\u00e9partition g\u00e9ographique des arbres \u00e0 travers le monde.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\"><em>L'article complet est disponible en libre acc\u00e8s dans Climate Change Ecology :\u00a0<\/em><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.ecochg.2026.100114\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><em>doi.org\/10.1016\/j.ecochg.2026.100114<\/em><\/a>\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"\"><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>By Morgane\u00a0Dendoncker, Christian Messier, Manuel Esperon-Rodriguez &amp; Olivier Villemaire-C\u00f4t\u00e9\u00a0Published in Climate Change Ecology (2026),\u00a0with the contribution of Madeleine Gauthier for communication As temperatures climb and precipitation patterns shift, the trees growing across our 2.3 million km\u00b2 of managed forest are increasingly pushed beyond the climatic conditions they evolved to handle. 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