

Alors que la pluie typique de la côte de la Colombie-Britannique tombait, notre groupe de recherche a eu droit à un spectacle surprenant : deux pins ponderosa se dressant fièrement au milieu de la végétation luxuriante et humide de la Malcolm Knapp Research Forest (MKRF). Non seulement la présence de ces pins était une surprise, mais notre groupe a également remarqué le contraste saisissant entre la taille et la hauteur des arbres de différentes espèces qui avaient été plantés la même année. Les arbres plantés faisaient partie d’une installation du projet « Assisted Migration Adaptation Trial » (AMAT), une vaste expérience à long terme sur le changement climatique s’étendant en Colombie-Britannique et au nord-ouest du Pacifique.
En avril dernier, plusieurs membres de l'équipe DIVERSE ont passé la journée avec Ionut Aron et Anna Tobiasz, de la MKRF. À la Malcolm Knapp Research Forest, la recherche s'articule autour d'expériences de terrain à long terme qui permettent de suivre la manière dont les forêts tempérées côtières réagissent à différentes stratégies de gestion et pressions environnementales. Les scientifiques de l'Université de la Colombie-Britannique et des institutions partenaires utilisent la forêt comme un « laboratoire vivant », où des placettes permanentes et plans d'eau équipés d'instruments de suivi leur permettent de surveiller les changements de la forêt sur plusieurs décennies plutôt que sur de courts cycles d'étude.
Face aux changements climatiques, à la prolifération des ravageurs et à l’évolution des attentes sociales vis-à-vis des forêts, nous sommes confrontés à un problème concret : les arbres plantés aujourd’hui arriveront à maturité dans un climat bien plus chaud et dans un monde différent. Les traitements sylvicoles AMAT que nous avons visités visaient à répondre à ce problème. Sur ces sites, des semences provenant de 15 espèces d'arbres (par exemple, le sapin de Douglas, le cèdre rouge de l'Ouest, l'épicéa de Sitka) ont été collectées dans différentes régions climatiques de l'ouest de l'Amérique du Nord et plantées sur 48 sites dans le nord-ouest du Pacifique. Les chercheurs suivent les réponses des arbres sur plusieurs décennies dans le but d'établir un lien entre l'origine des semences (génétique) et le climat du site afin de déterminer quelles combinaisons donnent les meilleurs résultats dans des conditions de réchauffement.

Grâce aux traitements sylvicoles du thème 6 du projet DIVERSE, nous espérons mettre en place plusieurs sites similaires à celui d’AMAT. En parcourant le site MKRF, nous avons eu un aperçu de ce à quoi pourraient ressembler nos sites dans une vingtaine d’années. Il était frappant de voir que certains arbres avaient de la difficulté à pousser, alors que d’autres, du même âge, s’élevaient bien au-dessus de nos têtes.
« Ce projet (AMAT) pourrait servir de base directe aux directives et politiques en matière de transfert de semences », nous a expliqué Ionut Aron. Cela sera essentiel si nous voulons préserver les forêts dans les conditions incertaines de l’avenir.
L'un des objectifs principaux du projet AMAT à la MKRF est l'étude de la gestion durable des forêts : elle consiste à tester des méthodes d'exploitation, des techniques de régénération et des assemblages d'essences afin de concilier la production de bois et la résilience des écosystèmes. Les chercheurs y étudient également l'hydrologie, les effets du changement climatique et les questions liées à la santé des forêts, telles que les ravageurs et les maladies. Les expériences étant menées en parallèle des activités forestières courantes, les résultats peuvent être directement transposés en pratiques concrètes utilisées dans l'ensemble du secteur forestier de la Colombie-Britannique.
Dans le cadre de ses traitements sylvicoles, le projet DIVERSE ne se contente pas seulement d'étudier la migration assistée ; nous étudions également différentes méthodes de récolte. Nous pourrons ainsi observer les interactions entre la gestion de la récolte et la migration assistée. Lors de notre deuxième arrêt à la MKRF — au site « Not-So-Clearcut » —, nous avons pu voir un type de recherche sur la récolte en action.
Ces traitements « Not-So-Clearcut » constituent des expériences opérationnelles à grande échelle portant sur des systèmes d’exploitation forestière alternatifs (dirigés par Suzanne Simard et Dominik Roeser). L’exploitation forestière canadienne a toujours été dominée par la coupe à blanc, tandis que certaines régions d’Europe s’appuient beaucoup plus sur la sylviculture à couvert continu. Les traitements ont été mis en place dans des plantations de sapins de Douglas purs datant des années 1960 et 1970. Ils visaient à étudier des alternatives à la coupe à blanc ainsi qu’à comparer les systèmes traditionnels d’exploitation par abattage d’arbres entiers au système européen d'abattage par façonnage (CTL), qui utilise des machines plus petites et réduit la perturbation du sol pendant les opérations. Les systèmes CTL ne font pas l’objet de nos recherches dans le cadre de DIVERSE, mais il était intéressant d’observer des sites de recherche mettant l'emphase sur l'aspect opérationnel.

La visite de la MKRF a permis à notre équipe d'imaginer à quoi ressembleront un jour nos propres sites de recherche et de se réjouir de ce que l'avenir nous réserve. C'est pour cela que nous organisons des visites sur le terrain : non seulement pour découvrir d'autres projets et résultats de recherche, mais aussi pour apprendre de ces autres groupes et trouver l'inspiration pour notre propre travail. Notre groupe a beaucoup apprécié son séjour au MKRF – un grand merci à Ionut et Anna de nous avoir accueillis !




