
En août dernier, plusieurs membres de l'équipe DIVERSE se sont rassemblés à la conférence de l'International Boreal Forest Research Association (IBFRA), dans la magnifique ville de Québec. Plusieurs de nos chercheurs et chercheuses ont eu l'occasion de présenter leurs travaux lors de la conférence; certains ont parlé du projet DIVERSE, tandis que d'autres ont présenté différentes recherches auxquelles ils contribuent. Quoi qu'il en soit, ce fut une occasion formidable de se rencontrer et d'apprendre ensemble.
L'un des conférenciers invités, le professeur Phil Burton , a souligné l'importance de reconnaître à quel point les valeurs influencent l'appropriation des résultats de recherche ainsi que leur pertinence. Ce concept de valeurs est revenu à plusieurs reprises tout au long de la conférence : pour opérer des changements, les valeurs doivent être alignées. Une séance de présentations intitulée « Société, savoir et intendance forestière » nous a transmis plusieurs messages clés sur les valeurs et les raisons qui motivent la recherche que nous menons.
Deux intervenants se sont particulièrement démarqués lors de cette séance : la Dre Jill Johnstone, de l'Université du Yukon et de l'Université d'Alaska Fairbanks, ainsi que Bruno Drolet, du Service canadien de la faune. Les deux ont présenté un processus de recherche collaboratif mené avec des groupes autochtones et des communautés locales.
Laisser les communautés définir les priorités
Bruno Drolet a présenté un projet récent dans le cadre duquel son équipe a développé un partenariat basé sur la réciprocité avec des partenaires autochtones tout en mettant en œuvre un suivi des oiseaux dans différentes régions de la forêt boréale. Selon Bruno Drolet, de véritables partenariats exigent une ouverture à différentes perspectives et réalités. Dans une communauté autochtone où son équipe travaillait, les priorités exprimées par les autorités locales concernaient les enfants et l'éducation. L'équipe de recherche a donc organisé des ateliers et des activités en classe pour les enfants. Le programme a été un succès, bâtissant une confiance et un respect mutuels. De cette expérience, Bruno Drolet a partagé: « Votre projet pourrait devenir un projet autochtone avec une composante faunique. »
Pour bâtir des partenariats véritablement significatifs avec d'autres communautés, il est essentiel de reconnaître que votre projet pourrait ne pas être la priorité d'une communauté, et de faire plutôt preuve d'ouverture d'esprit quant à la façon dont votre projet peut s'inscrire dans leurs priorités. Cette approche demande davantage de temps et d'investissement. Cependant, le fait de trouver des valeurs communes, ou même d'être ouvert à de nouvelles valeurs provenant d'autres communautés, favorise des partenariats beaucoup plus profonds et respectueux.
« Votre projet pourrait devenir un projet autochtone avec une composante faunique. » - Bruno Drolet
Une recherche aux enjeux personnels

La professeure et chercheure Jill Johnstone a présenté son projet s’intitulant Fuel Breaks With Benefitsun projet collaboratif dont elle est chercheuse principale. Le projet aborde la création de coupe-feux pour protéger les communautés du grand Nord contre les incendies, en s'appuyant sur l'idée que les coupe-feux peuvent offrir bien plus qu'une réduction du risque d'incendie. En effet, selon le site Web de Fuel Breaks With Benefits, ils peuvent aussi créer des espaces pour l'alimentation, la médecine, les loisirs et l'éducation. Pour Jill Johnstone, ce travail revêt une portée personnelle : certaines des études de cas du projet se situent dans sa propre ville, Teslin, au Yukon. Comme le précise la fiche d’information du projet, son objectif est la protection : celle des communautés, des espaces et des personnes. Jill Johnstone a toutefois mentionné une nuance importante quant à la notion de protection : son projet n'utilise pas ce mot pour laisser entendre que les feux ne peuvent jamais franchir les coupe-feux. Les coupe-feux protègent plutôt en réduisant le risque que les feux les franchissent, tout en créant des espaces facilitant le travail des équipes de lutte contre les incendies pour protéger la zone.
Après sa présentation, Jill Johnstone a partagé quelque chose de plus personnel. Elle a fièrement montré à la salle son sac de conférence de l'IBFRA 2004, où elle avait remporté un prix en tant que jeune chercheure, et est revenue sur sa carrière et ses contributions au fil des ans. Avec du recul, partage-t-elle, nous sommes véritablement « portés par les gens qui nous ont précédés ». Comme elle l'a formulé, « nous ne sommes ici que pour un court moment, la meilleure façon d'aller de l'avant, c'est avec des idées qui perdurent ». Il y a un sens profond derrière la recherche que nous menons, et des conférences comme l'IBFRA sont l'occasion de le transmettre.
Nous sommes véritablement « portés par les gens qui nous ont précédé. » – Jill Johnstone
Ce que DIVERSE en retient
Les projets de Bruno Drolet et de Jill Johnstone nous ont donné matière à réflexion pour notre propre travail. Tout comme leurs projets respectifs, DIVERSE collabore avec une diversité d'intervenants, de propriétaires fonciers, de membres de communautés et de groupes autochtones. À l'IBFRA, on nous a rappelé que les valeurs sont ce qui unit les gens vers le changement, et que bâtir des partenariats de qualité exige une ouverture aux perspectives et aux réalités des autres.
L'objectif énoncé de DIVERSE est d'adapter les forêts aux changements globaux, mais il va bien au-delà. Nous adaptons les forêts pour les protéger , un peu comme le projet de pare-feux est centrée sur la protection des communautés, parce que nos forêts nousprotègent. D'un océan à l'autre, nos forêts sont essentielles. Partout au Canada, elles fournissent des emplois, des espaces de loisirs et des paysages, elles soutiennent une longue histoire d'intendance et d’importance culturelle autochtones continues, elles purifient notre air et abritent nos foyers. La conférence de l'IBFRA nous a rappelé avec force que l'objectif ultime de notre recherche est d'offrir des options d'aménagement forestier qui peuvent contribuer à protéger les Canadiens et Canadiennes ainsi que notre avenir. La valeur que nous défendons, c'est la protection de nos communautés.
Tout comme les coupe-feux protègent les communautés en réduisant les risques,on peut envisager notre approche des réseaux complexes fonctionnels de la même façon. Aucune méthode d'aménagement forestier ne peut promettre une protection absolue face à l’imprévisibilité des facteurs de stress globaux. Nous pouvons seulement atténuer ce risque, en favorisant des forêts plus résilientes, comme moyen de protection.
Si nous travaillons pour l’implantation de réseaux fonctionnels complexes dans un monde où les arbres les plus grands, offrant la plus grande masse de bois, sont la ressource la plus valorisée à l'échelle nationale, il sera difficile de créer un momentum pour le changement. En revanche, si l'adaptation des forêts aux changements globaux par les réseaux fonctionnels complexes était la meilleure façon de protéger nos forêts, et que nous puissions favoriser cette valeur de protection? Comme nous l'avons appris lors des présentations à la conférence de l'IBFRA, y parvenir pleinement exige la consultation et la collaboration de toutes les parties concernées. Nous garderons ces réflexions avec nous pour les années de collaborations et de partenariats à venir au sein du projet DIVERSE.





Présentations des membres du projet DIVERSE lors de l'IBFRA 2026. En haut : à gauche – Olivier Villemaire-Côté, au centre – Jen Beverly, à droite – Kevin Solarik. En bas : à gauche – Julie Messier, à droite – Kevin Solarik présente le projet DIVERSE dans le cadre de la table ronde SFI organisée lors de la conférence.



